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22/01/2012

Index

Chapitres
0 Préface  
1 Chemins parallèles et tronqués  
2 Découverte du pot aux épines  
3 Le temps variable  
4 Une entrée sur terre chahutée  
5 Les racines et leurs hiérarchies  
6 L'innocence aux mains vides  
7 L'abeille et le papillon  
8 Salauds d'adultes  
9 La grande école du danger de la solitude  
10 Les Golden Sixties  
11 Rencontres insolites  
12 Rencontre avec un destin  
13 Un enfoiré qui cherche son miroir  
14 Postface  

12:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

21/01/2012

00 - Préface

Cet eBook avait été écrit à plus de 80% mais il se cherchait une raison pour sortir. Pas assez de romance? Peut-être. Le livre de Delphine de Vigan, "Rien ne s'oppose à la nuit" parle de sa mère et m'a interpellé. Il m'a permis d'y voir une occasion d'exprimer un ressenti personnel dans un cas similaire, au départ, mais qui reste très différent dans son prolongement.

0.jpg

A ma mère,

Aucune intention de devenir écrivain. Pas eu le temps pour cela.

Cela étant dit, je vous ai sorti un feuilleton pour l'été. L'hiver arrive et les soirées deviennent longues. Certains points qui n'auraient pas été compris et demandaient une explication. Une occasion d'aller plus loin ne s'imposait pas. Je viens d'écrire "Tout dire, tout écrire puis en rire". C'est alors qu'un livre initiait l'envie.

Dans la postface du livre "Rien ne s'oppose à la nuit" de Delphine de Vigan, on peut lire: "Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire comme un écho inlassable de mots et le retentissement du désastre. Une mère qui illustre le pouvoir de destruction du verbe et celui du silence. Faut-il faire bonne figure ou faire face? Livre qui n'a rien à voir avec ma mère mais qui est empreint de sa mort et de l'humeur dans laquelle elle m'a laissé. Mon fils m'a demandé, sans préavis et sans que rien, dans la conversation qui avait précédé, ait pu amener à cette question :

- Grand-mère... elle s'est suicidée, en quelque sorte ?  

Question inattendue et réponse difficile à faire à un enfant de neuf ans. Je me le suis demandé en circuit fermé.

Elle continue en écrivant en préface "Ma mère constituait un champ trop vaste, trop sombre, trop désespéré, trop casse-gueule, en résumé. Écrire sur sa mère, au travers de soi, autour d'elle ou à partir d'elle est un terrain miné.".

Elle l'avait écrite après s'être vue licenciée après onze ans dans la même entreprise et se retrouvait avec le vertige devant son ordinateur allumé.

Mon histoire, j'avais commencé à l'écrire trente ans après. Lue en diagonale par certains amis, je savais qu'elle n'était pas finie, pas assez finie, trop intimiste, trop brute et demandait un fil rouge. Perdue entre humour ou cachée derrière des rages trop fantasques, elle s'est construite progressivement à la suite de flashes vers le passé qui suivent, généralement, les paroles "tu te souviens de ...".

Une bipolarité? Je ne sais si cela est vraiment la cas, ici, entre la forme et la formule. 

Le temps n'y change rien à la forme et la formule des événements s'oublie vite. Seul le fond reste ancré dans la mémoire. Non, rien ne s'oppose à la nuit, si ce n'est l'envie qui reste dans le regard.

Le temps s'y déroule sur plusieurs générations sans être une saga romanesque et sans finir par dormir chez la Dame de Hautes-Savoie comme le chante, Francis Cabrel.

Le "Je suis mort et alors" de Philippe Bouvard va quelque peu m'y aider. Il va me suivre tout au long de mon histoire.

Comme préambule celui de Frédéric Begbeder, écrit dans "Un roman français" pourrait servir.

"La vie d'un homme se divise en deux périodes, l'enfance et l'âge adulte. La troisième pour l'avoir accepter, est d'entrer dans l'âge du souvenir. Engagé dans les désirs et les projets d'adultes et remarquer n'en avoir presque aucun souvenir de l'enfance. Il est absolument inutile de raffiner l'analyse. L'honnêteté amène à de vraies découvertes sur la nature humaine. Famille héroïque presqu'à l'absurde pendant la première guerre mondiale. Réservée pendant la seconde. Dans un appétit de consommation, une adolescence avec les souvenirs qui affluent. Période pendant laquelle on se compare, on se confronte, on vérifie l'appartenance à une commune humanité. Telle est la vie que j'ai vécu: un roman français. Le temps envolé ne ressuscite pas et l'on ne peut enfuir l'enfance. Ce qui est narré n'est pas nécessairement la réalité. Chacun a seulement des souvenirs différents.".  

Comme toujours, vous êtes invités à intervenir avec vos anecdotes et vos expériences. Nous sommes dans le monde de l'interactivité et pas derrière les pages d'un livre papier.

Je laisse la parole à un narrateur imaginaire.

15:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (8)

17/01/2012

01 - Chemins parallèles et tronqués

"L'expression "mort naturelle" est charmante. Elle laisse supposer qu'il existe une mort surnaturelle, voire une mort contre nature.", Gabriel Matzneff

0.jpgA l’hôpital, deux personnes au chevet du lit de Raymonde, le fils unique, Guy et sa belle-fille, Christiane, pour assister à ses derniers soupirs. 

Le contraire de ce que Raymonde aurait imaginé mais qu'elle s'était insensiblement dépêchée de créer par bribes pour les seuls avantages de sa propre liberté.

Liberté dont elle n'avait profité que pendant sa jeunesse. Saisie par la vieillesse, depuis que sa mère à elle-même, avec qui elle vivait, était décédée, tout était parti en vrille.

Une fin de vie qu'elle n'avait pas voulu ainsi mais qui s'était effilochée dans une partie de vie en bâton de chaise, sans attaches, adaptée à cette volonté de liberté exacerbée.

Autour du lit, le couple la regardait en silence, impassible. La bru n'avait jamais été vraiment acceptée par elle qui restait sans émotion. Le fils qui avait encombré le chemin de jeunesse de sa mère, la recherchait, cette émotion.

Les amies que Raymonde l'avait éliminées inconsciemment et ne sont pas venues. Fidélité dont elle devait, pourtant, attendre la visite pour constater sa détresse. Erreur. Elle n'avait pas compris qu'il fallait donner de sa personne pour conserver et entretenir des liens. La meilleure amie de jeunesse, qui l'avait toujours comprise et acceptée, avait été emportée depuis quelques années par la maladie d'Alzheimer. 

Le lit d'hôpital, Raymonde n'aimait pas. Ce lit l'entravait vraiment, cette fois. Les multiples efforts pour s'en évader, avaient poussé les infirmières à l'y attacher pour ne pas défaire les fils qui la relayaient au baxter. Poings sanglés, impuissante, elle reposait attachée aux barreaux du bord du lit.

Elle se réveilla. Sorties de la torpeur d'un sommeil toujours plus profond suite à la morphine, quelques paroles de lucidité perdues, venant de nulle part, sortirent de sa bouche. Elle espérait surtout être détachée de ses sangles. Rien d'autre ne la préoccupait.

Dire 'oui', c'était contrevenir à l'ordre de l'infirmière qui affirmait que cette fixation était nécessaire et qu'elle avait reçu tous les soins nécessaires.

Un dossier l'avait suivi dans lequel une infirmière avait dû y inscrire le souvenir des griffures que cette malade lui avait infligé sans intention de les donner. Sur son carnet de bord de l'hôpital, une mention spéciale explicitait cet antécédent qui l'avait poursuivie jusque là: "Personne qui a tendance à s'agiter sans prévenir".

La soulever et de l'eau pour étancher sa soif, ce fut la seule initiative permise...

Cette lucidité passagère lui avait probablement permis de faire un retour en arrière sur son passé. Un résumé d'une vie, en accéléré dont elle n'avait plus le temps d'en rechercher les contours et les sources.

Des paroles sans véritable sens qui ne nécessitaient pas d'interventions.

Puis, cette question bizarre, adressée à sa bru:

- Et toi, es-tu contente de ton sort?

Question surprenante, prise à contre-pied.

Que répondre, sinon par un sourire sans trouver le courage adéquat pour répondre en paroles.

Était-ce un reproche, des regrets, l'envie d'une autre vie qui s'éloignait?

Probablement, une constatation de son propre vécu qui quelque part, reconnaissait avoir raté quelques marches dans cet escalier infini.

Puis, fatiguée, elle s'était rendormie, sans chercher à compléter une conversation sans issue.

Dix minutes encore, à rester dans le silence revenu de la chambre à regarder son souffle léger.

Voici le résumé final d'une dizaine de jours depuis cette sortie de piste dont les trois premiers en soins intensifs.

Le diagnostique officiel donné par le médecin, une hémorragie interne dans le ventre. L'issue était fatale. Celui-ci avait proposé le choix entre une fin rapide ou plus longue avec de la morphine comme seul sursis. Abréger les souffrances en régime palliatif et finir par la même petite porte.

Le lendemain, un coup de téléphone. Une infirmière pressait le couple de revenir vers le lit, sans en dire beaucoup plus. Attendre un peu, pour s'accorder aux heures de visites.

Moins d'une heure plus tard, second coup de fil.

Le dernier souffle de vie l'avait quittée à jamais.

Plus d'urgence, pas de larmes, des dents serrées et le silence dans la voiture pour regagner l'hôpital.

Arrivé sur place, la chambre fermée, nettoyé et la mère détachée qui reposait sans plus demander son reste. La paix, la sérénité du lieu pour seul écho.

Un baiser? Le fils n'y pensait même pas, pris à contre-temps. Il effleura d'une main, le front qui refroidissait déjà.

La mort, un passage obligé, une étape naturelle, dont on ne s'habituera jamais?

Les dernières paroles de l'infirmière tentèrent de rassurer.

- Vous devez savoir, hier, elle nous a dit qu'elle voulait en finir.

Était-ce pour mettre un terme à des souffrances physiques ou de celles, plus morales, plus intimes? Pour elle qui repoussait, de dix en dix ans, cette fin, cette échéance, à chaque anniversaire, c'était surprenant. Était-ce un suicide moral? Dur de penser à cette éventualité.

De souffrances physiques, elle n'en avait pas connu beaucoup dans son existence. Elle considérait anormal de souffrir, ne supportait pas la maladie et encore moins, l'hôpital. Une fatigue plus morale que physique, donc, que la morphine ne pouvait remédier.

Têtue, elle voulait toujours arriver à ses fins.

Était-elle dépassée par les événements, par ses rêves de jeunesse?

Des questions douloureuses qui restaient sans réponses?

Épargnante à vide pour une "deuxième vie" comme un Pharaon mais sans jamais profiter du retour sur l'investissement, dans la solitude de ses décisions.

Même avec une potion magique, sans connaître les moyens de l'utiliser, c'était peine perdue.

Chemins tronqués de destins multiples et parallèles?

Une évidence, elle n'avait pas su vieillir. Ce n'est pas le lifting sous les paupières qui l'avait fait rajeunir. La machine était grippée par l'intérieur. Le temps n'attend pas et parait toujours aller plus vite sur la fin.

Le lendemain, le fils retourna à l'appartement de sa mère pour prendre connaissance des personnes à contacter dans un vieil agenda qui n'avait pas quitté la table du salon.

Des coups de fils furent donnés à ceux qui s'y trouvaient. Des promesses de venir à l'enterrement.

Quelques jours, et bientôt, celui-ci arriva. 

L'attente dépassa l'heure fatidique du rendez-vous avant que le cortège funèbre se mit en route.

Deux couples présents. Les "enfants", comme elle disait, le frère et la belle-sœur de la bru.

Guy, plus personne avant, plus personne après. Dernier des mohicans. 

Sécheresse, tristesse d'une situation.

Le fils se jura d'en rechercher les responsabilités, de remonter le fil de l'histoire.

Là, « où je m'avise un peu troublé de l'irréversibilité du trépas », comme disait Bouvard dans son livre, imaginé en post mortem "Je suis mort et alors?".

Quant à une éventualité de culpabilité dans cette histoire de famille, cela n'avait jamais effleuré son esprit. L'enquête devait être plus fine.

"Mourir, cela n'est rien, mais vieillir".... chantait Brel.


12:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4)