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28/12/2011

06 - L'innocence aux mains vides

 "L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête.", Blaise Pascal

0.jpgLe couple était entré dans le moule de parents qui n'en connaissaient pas les règles. Un manque de passion de la mère, une ignorance du poids de la charge du père et des envies d'aller toujours ailleurs, devaient finir par se ressentir par ce "gosse" en formation, conçu par des amours mal ajustées aux réalités de la vie. 

Comme fils unique, il allait devoir trouver son chemin dans sa propre solitude, faire amende honorable, faire confiance aux grands et ne pas avoir des désirs démesurés ou trop personnels.

L'innocence s'était installée, incrustée chez ce "gosse". L'éveil se produisit avec plus de lenteur qu'on aurait pu l'espérer.

Né sous le signe de la Vierge, était-ce un présage à son innocence?

Une famille de matriarcats successifs, pourquoi en serait-il différent cette fois, alors qu'un garçon était arrivé pour briser une suite logique?

La mère se mit à reconstruire un rêve et ce garçon fut entouré de soins plus féminins.

Ainsi, il s'est vu «affublé» d'une mèche en boucle au-dessus de la tête pour mieux correspondre à l'idée. Des vêtements peut-être aussi plus roses que bleus complétaient le tableau mais les photos de l'époque, en noir et blanc, restent cachottières sur ces couleurs trop pastels pour sauver la situation.

Cette représentation plus féminine que masculine, le "gamin" ne semblait pas en tenir compte puisque le sourire se dessinait sans difficulté sur toutes ces photos. Tout était bon pour le dérider. Sentait-il d'instinct, qu'il pouvait y trouver un avantage? Ce n'était pas la mèche qui allait troubler ses envies plus intimes.

Le «teddy» en pluche, les petites voitures, le petit pistolet en plastique auraient eu plus l'art d'attirer son intérêt. Parfois, ils lui furent offerts. Un cadeau de la tantine, Caroline, qui n'avait pas eu d'enfant, un gros camion en plastique qui donnait du muscle à ce mini camionneur en fabrication...

La mère, passa progressivement du rejet à l'attendrissement vis-à-vis d'une poupée, en ressentant la succession de sa propre image, de ses rêves intimes de sa propre jeunesse. Pas de complexe d’œdipe entre une mère et un fils. Non, sinon à l'envers.

Le père entrait et sortait. Il continuait à partager son temps avec ses copains. Les heurts, les engueulades dans le couple commencèrent à se succéder dans cet ensemble hétéroclite de conceptions différentes de ce qu'est un couple.

Qu'est-ce qui avait attiré cette mère et ce mari? Lui, plus petit d'une demi-tête qu'elle, elle qui pouvait avoir fait tourner plusieurs têtes d'hommes? Une énigme non résolue, restée comme un "accident" de parcours.

0.jpgEn dehors de ces moments de répliques orageuses, on raclait les fonds de tiroirs de l'incompréhension en silence. Les pleurs du gosse ravivaient encore plus les éclairs dans le ciel.

Spectateur, Guy regardait sans comprendre les rounds de la force des "grands".

 "Il faut faire attention aux mots, car souvent ils peuvent devenir des cages.", disait Vola Spolin.

Il y a pourtant une véritable cage de perdition, même si les mots ne s'y prêtent pas. 

Après le berceau, les premières années du gosse se déroulèrent à l’abri de barreaux d'un "parc". Ce n'était pas un jardin, plutôt un entrepôt de jouets, de poupées, avec, au milieu, un ourson en peluche, le préféré, qui ne le quittait jamais.

Un parc ou une cage? L'escalader pour s'en évader quelquefois et vite retomber au fond, sur les fesses et l'envie en était passée en pleurant un peu plus que d'habitude. Au fond, il ne s'en plaignait pas trop d'avoir son "privé", même restreint. Il avait des avantages et quelques charmes. Cette aire personnelle était devenu le premier refuge à sa solitude.

Les grands bébés n'avaient pas trop droit au chapitre par les parents même s'ils se trouvaient en plein milieu de la pièce centrale.

Il avait compris que ce refuge, tout en y jouant un rôle de surveillant, restait sans risque par rapport à l'extérieur.

L'avantage du «parc», c'était l'endroit où les choses se construisaient ou se détruisaient.0.jpg

Protégé, le gosse ne risquait rien dans l'enclos en observateur des étapes. 

Au dessus de la tête, cette boucle de cheveux, finement tournée, lui gênait plus. Il ne savait pas pourquoi, il l'aplatissait instinctivement. Lors de chaque bain, cette boucle reprenait sa forme en boucle. Pas moyen de lui donner son coup de grâce et lui rendre plus de platitude.

Après, faire cogner sur les barreaux de son parc avec force et ça passait. Les jouets, indifférents à leur fonction propre, rebondissaient imperturbablement sur les bords de son chez soi.

La journée, la boutique de bijoux de fantaisie occupait le temps de sa mère. Le diplôme de sténodactylo ne servait pas encore.

Le soir, elle vaquait à ses occupations de ménagère et préparait le repas. Les assiettes avaient été déposées sur la table. La table devait être prête pour l'hôte masculin de ces lieux.

Quand la porte d'entrée claquait trop fort, c'est que l'attitude que prenait le père, n'avait plus à observer qu'un équilibre laborieux. Cela n'étonnait plus personne. Les haussements de voix suivirent toujours crescendo.

Le gosse hésitait, partagé entre continuer à jouer dans le parc ou à tendre l'oreille pour essayer de suivre les événements. Un bris de quelque chose qui tombe sur la sol et pleurer pour calmer le jeu, voilà la technique à prendre pour calmer les ardeurs des grands. 

Comme si la mère tenait à être prise à témoin de cet événement, de cette dispute, le gosse se retrouvait dans les bras de sa mère comme une protection dérisoire, comme un bouclier entre le père et la mère. Cette soudaine affection attentive ne le rassurait pas tout à fait, mais c'était déjà gagné, on s'occupait de lui.

- Tu m'emmerdes. Je ne pouvais tout de même pas quitter un ami d'enfance, dit le père comme pour expliquer son état.

- Pourquoi ne l'as-tu pas emmené chez nous?

Pas de réponse.

Un jour, pourtant, celui-ci se retrouva dans un état assez désastreux. La mauvaise humeur de la mère, à la vue du résultat, confirmait qu'il avait dépassé certaines bornes. Il ne connaissait pas encore le goût du chocolat mais il en avait l'ersatz en bouche. Appréciait-il le goût plus que la couleur ou l'odeur?

Il fallut dès lors lui faire quitter les lieux pour le nettoyage. Gratifié d'un nouveau bain complet de plus que celui qui normalement faisait partie du vendredi.

Chance ou torture? Il devait trouvé cela plutôt agréable, en définitive.

Prémonition de ce que la vie réserverait? Pas de doute, le chocolat restera bien plus fondant en bouche et pour effacer ce goût méritera une attention particulière. 

La journée était passée un peu plus rapidement et il s'endormit dans le petit lit qui jouxtait son parc.

Vu la fessée, son pragmatisme inné devait exclure la réédition de l'événement. Du chocolat pur et dur, à l'avenir, devait avoir plus d'attraits, plus harmonieux et aphrodisiaques. L'envie du sucre, la mère avait dû le lui passer au travers de quelques gènes.

Un jour, ce fut la visite d'une amie de la mère. Elle avait deux fillettes du même âge.

Ce ne fut pas un conte de Noël, mais cela aurait pu l'être. 

Pour Guy, ce fut une découverte, une rencontre du "deuxième type". Bien entendu, le sexe ne l'avait titillé pour lui-même, mais il n'en distinguait pas encore les signes distinctifs.

A trois dans un espace plus réduit de la cage, les jeux commencèrent à la recherche des jeux inconnus des autres. Tout se déroulait dans une entente cordiale sous les sourires et rires des grands. A un moment imprécis, non prémédité, le "gosse" se mit à mordre la fesse gauche d'une des fillettes. 

Mordue, la fillette commença à crier, à chialer, à n'en plus finir.

Pas d'esprit cannibale, du tout, même pas un problème de sexualité précoce. Simplement, peut-être, trop content de faire plus ample connaissance avec cette rencontre fortuite par tous les sens disponibles.

La correction fut exemplaire. La mère des deux donzelles avait perdu le sourire dans la bataille. La bonne ambiance était perdue. La mère du gamin avait perdu le prestige qui aurait été conservé par quelques conseils de bienséance.

Les apparences sont trompeuses et parfois, diablement éclairantes dans la marche à suivre!

Histoire qui fut racontée avec humour dont le sourire, avec le recul, se perd toujours un peu dans les brumes de la réflexion.

Oui, au sujet de ses semblables, les conseils lui manquaient à ce gamin.

Les questions sexuelles n'étaient pas à l'ordre du jour ni à celui du lendemain.

Pas de partage de jeux.  Des parents qui rêvaient un peu trop ailleurs pour compléter le tableau.

Autre jour, autre sortie. Une kermesse dans le quartier. Un carrousel avec les chevaux qui montaient et descendaient. La musique lui plaisait, au gamin. Installé sur le cheval de bois, beaucoup de monde déambulait devant lui et ses yeux n'avaient de cesse de virer dans tous les sens. Quel événement ! Des chevaux de bois aux dents bien découvertes, aux couleurs étincelantes sous le soleil.

La cloche sonna et c'était parti, le moulin commençait à tourner et les chevaux de monter et de descendre. Belle occasion pour pouvoir s'éclater. Fier comme Artaban, les jambes en folie, il secouait ce cheval qui s'obstinait à ne pas bouger, qui ne donnait aucun signe de contentement mutuel ou de rejet à son contact.

- Tiens toi bien droit et sert bien le cheval, criait la mère.

Pour le tenir, il le tenait. Personne n'aurait pu le faire sortir de son rêve. Pourtant, à un moment donné, celui qui semblait mener le moulin, commença à faire descendre un ballon avec une floche à son bout.

Quel impudence! Comment pouvait-il casser son rêve et l'importuner de la sorte? L'impudent, il ne l'aura pas, le gosse repoussa cette gêneuse à chaque passage de la main. En plus, le "salaud" insistait à chaque passage à lui passer cette putain de floche de plus en plus près de son visage.

Enfin, un autre enfant la saisit. Sauvé. Il put souffler, enfin, et continuer, en paix, son aventure. Après un temps qui parut trop court, tout s'arrêta. Il devait descendre de ce cheval qui ne bougeait plus. Une envie de pleurer lui prit, alors que celui qui tenait fièrement la floche se préparait à un deuxième tour.

- Mais pourquoi n'as-tu pas tiré la floche? Tu aurais pu gagner ton second tour, disait la mère, déçue.

Les autres parents autour du moulin riaient de l'innocence en suivant le manège.

Cette floche du diable avait une raison d'être mais elle était tombée hors contexte. Il fronça les sourcils, l'air le plus intelligent possible. Une remontrance dont il ne se sentait pas responsable. 

Le lendemain, il aurait plutôt sauté sur le cheval que de la laisser passer cette floche, sans réaction. Le "meneur de moulin" recommença le manège avec la floche. Cette fois, elle fut capturée avec fougue.

La candeur avait besoin de plus d'attention pour trouver réponse.

Oublier les gêneurs et les aventures perdues avec cette énième leçon de vie.

La grande-tante, Caroline, qui n'était pas grande en taille, aussi, avait quelques prétentions dans ce jeu de quilles mal organisées en groupe familial. Celle-ci n'avait pas eu d'enfants et voyait une occasion d'occuper une place plus grande dans le cœur de sa petite nièce et du bébé qui suivait. Meubler son temps de femme de ménage et passer au "babysitting" avait tout l'art de lui plaire et lui remplir des moments de solitude en attendant le retour du grand-oncle.

Une autre compétition naissait, dès lors, en arrière plan. Sourde et conflictuelle pour celui qui en regarderait le cheminement en séquence. Dans l'ombre, les deux sœurs avaient, toutes deux, un caractère bien trempé où les hommes avaient plutôt le deuxième rôle. Elles s'étaient jurés de prendre un morceau du "gâteau". La crème fraîche, elles étaient prêtes à la faire monter. 

Caroline, comme second fusil, y gagna des gallons dans ce marchandage.

Pour le gamin, le principal c'est qu'il n'allait plus être seul.  On allait l'occuper. Il allait même sortir de son « parc ».

Après les petites voitures, le pistolet en plastic, des billes commencèrent à combler les trous de cet univers partagé.

Un jour, lors d'un repassage, Caroline laissa tomber, sur le sol, le fer à repasser dont elle se servait pourtant avec dextérité.

Il ne chercha pas à vérifier si celui-ci fonctionna encore ou non. Il se contenta de l'explication expéditive qui en fut donné. « Il ne marcherait plus ».

Il ne fallait absolument pas en faire état auprès de l'oncle à son retour.

Un pacte fictif s'était établi entre tantine, Caroline et lui.

Fausse crainte, plus amusante que véritable.

Le soir, était-ce par souci de renseigner, il fonça de toutes ses petites jambes dans l'escalier en colimaçon à la rencontre du tonton.

Il fallait qu'il sache.

- Nononc, il y a Tetan qui a cassé le fer à repasser.

La perte du patrimoine familial lui était-elle si chère ou était-ce le refus du mensonge gratuit ou, encore, une marque de franchise dont il fera preuve bien plus tard, une fois affirmé?

Dans le dos du "gamin", le couple se mettait à sourire, très amusés.

L'innocence n'a d'autre nom que celui de l'impertinence.

Une anecdote lors d'une journée porte-ouverte pour les parents était même très caractéristique.

L'instit de 3ème, à l'école, essaya de parler de l'or. Cela ne se pèse pas lourd. Cela se pèse quelques grammes, disait-il en montrant ostensiblement l'anneau à son doigt.

- Monsieur, monsieur, je sais... du jambon.

Sourires dans le fond de la classe parmi les parents qui étaient en visite.

L’hilarité générale dans la salle, évidemment. Et lui, étonné d'avoir créer une hilarité.

Le "gosse" restait seulement sur sa faim, incompris. 

« Ce n'est pas tuer l'innocent comme innocent qui perd la société, c'est de le tuer comme coupable. » écrivait François René de Chateaubriand

Pour parler, le bébé commença plutôt par onomatopées ou par mots déformés.

Normal. Se faire comprendre au plus vite était nécessaire. Même les demi-mots valaient toujours mieux que l'imprécision des «sans mots» et des gestes.

Ce furent des mots captés par l'écoute, comme le ferait un perroquet, mais non corrigés. Ces mots revinrent, bien plus tard, comme leitmotiv dans la bouche de la mère en référence au passé. Elle n'en avait retenu que l'humour dans une mémoire sélective qui ne retient que ce qui ne gène pas trop à la compréhension.

Le gamin voulait parler ou babiller mais cela aurait pu l'aider bien plus d'avoir reçu la correction de ces mots par un professeur attitré. Tout serait devenu possible, plus rapide et plus simple dans les communications futures.

L'innocence faisait partie de beaucoup trop d'interlocuteurs et des informations données à trop petites doses. Personne n'avait lu la posologie pour en découvrir les effets secondaires.

Ces constatations proviennent, peut-être aussi, de là "Où transparaît la nostalgie de l'époque dont tous les figurants étaient des vedettes". comme constatait Bouvard.

Le rédacteur Akhenaton renchérissait avec "Le calme pour essence"


 

Joie et tristesse s’interpénètrent
A la manière du regard intense de deux êtres, par une fenêtre
Éloignez-moi de la multitude pressée
Préservez-moi de la solitude stressée
Loin du métro et des gaz d’échappement loin
Du gris des bâtiments, du train-train et des coups de freins
La technologie était supposée me servir
Et non pas m’endormir pour m’asservir
Les valeurs de base ne sont pas si mal quand j’y pense
Je veux vivre simplement avec le calme comme essence

 

12:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Le petit cannibal deguise en fillette est charmant , mais pourquoi
mordre les fesses a Gauche et non pas a Droite ? Ceci laisse des traces
dans le sous-conscient. Ou je me trompe , peut-etre.
Nina

Écrit par : Nina Georgescu | 25/12/2011

Excellent ce commentaire....
En fait, à cet âge, j'aurais pu mordre n'importe quelle fesse, qu'elle soit en haut et en bas.
On devient ambidextre de la mâchoire. :-)

Écrit par : L'enfoiré | 26/12/2011

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