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30/11/2011

13 - Un enfoiré qui cherche son miroir

"Le besoin d'affabulation, c'est toujours un enfant qui refuse de grandir", Emile Ajar

0.jpg- Vous m'avez laissez sur ma faim. Et maintenant racontez-moi. Que faites-vous pour meubler vos temps libres? Donc, l'écriture...

- C'est déjà une histoire presque ancienne. Vers la fin de carrière, quand je sentais que mes jours étaient comptés dans les grandes entreprises humaines dites actives, je m'y suis préparé. En fin de carière, on devient trop cher. Un déclic, la visite d'un ponte des Etats-Unis qui était venu nous annoncer la "bonne nouvelle" d'une réforme de plus à envisager.

Arrivé "Où je profite du grand refroidissement pour rafraîchir ma mémoire", dixit Bouvard.

Cette fois, il fallait sortir des sentiers battus. Pas question de prendre les pinceaux, le papier à tapisser et tout le reste qui fait de vous, le petit bricoleur modèle. La photo, c'était déjà une passion ancienne, mais avec le numérique, plus question de passer au laboratoire, pour mélanger les couleurs, avec le révélateur, le fixateur, sous l'agrandisseur... On n'en était plus là. L'agrandisseur a été vendu par eBay et doit se retrouver quelque part, dans les mains d'une jeune étudiante en photographie.

Une solution, utiliser ce que j'avais développé dans le passé. Mais encore... Faire comme avant mais en plus de temps pour le faire? Donner des cours en bénévolat aux "suivants" ou aux parallèles moins privilégiés dans les connaissances d'aujourd'hui. Oui, mais encore faut-il des utilisateurs motivés qui correspondent à sa manière de penser. Internet, par exemple. Cela venait de s'ouvrir du côté des blogs et une autre envie germait déjà pour montrer qu'une évolution dans l'écriture s'était positionnée. Écrire une histoire, plus ou moins longue, par bribes alors que je n'avais jamais écrit une ligne en dehors de rapports fastidieux à écrire et à lire. Un journal personnel alors que je n'ai jamais eu le temps ni la volonté de l'aborder? Oui, pourquoi pas, une bonne idée de rester dans l'ombre et la solitude face à un écran. C'est ainsi, qu'on découvre, plus facilement, les autres enfoirés, les vrais de vrais, ceux qui se cacheraient derrière des noms plus exotiques ou des noms d'emprunts.

- Ecrire, mais quoi et comment?

- Choisir le type d'écriture.  Il y avait un pseudo à trouver pour être "à la mode de chez nous". Un premier article assez explicite et rebelle "Nous sommes tous responsables".

Des fois, je me demande ce qui a fait que j'ai choisi "l'enfoiré de service" comme j'ai aimé m'appeler dès le départ. Au service de qui d'ailleurs? 

Philippe Bouvard me donne trois options, trois questions pour l'occasion. Était-ce pour « Distribuer son CV à toutes fins utiles »? Une nouvelle version de «Où j'essaye pathétiquement à me rendre intéressant et je m'offre mon premier flashback»Ou, au contraire, pour trouver « Où je soupçonne la méchanceté de n'être pas morte avec moi, et, ainsi je règle mon compte avec ceux qui n'ont pas réglé mon cas »?

Pourquoi "de service"? J'étais au bout de la période des services. Carrière, sans rupture, sans creux, sinon parfois un doute ou un dilemme dans une orientation obligatoire sans perdre ses dernières cartouches.

- Cartouches? Vous en avez eu souvent besoin?

- Garder toujours une dernière cartouche, si le choix n'était pas conforme aux espérance, oui. C'est aussi imaginer une sortie sans attendre trop en se foutant du regard oblique des passants honnêtes qui ne pensent qu'à monter les échelons. Ce fut une chance énorme d'avoir pu réaliser cette transformation. Une contre-partie à l'enfance, moins réussie, comme je vous ai raconté.

- Sous le pseudo d'enfoiré, donc?

- Enfoiré, oui, là pas eu de gros problèmes pour choisir ce pseudo, en adresse email et en signature.

Bizarre, que ce pseudo ne m'aie pas demandé une recherche de longue haleine. Une timidité soignée que l'on remplacerait naturellement par son opposé, la provocation? La timidité était déjà bien longtemps remplacée par un esprit rebelle. Le côté extraverti, vient dans la lignée. 

- Une prémonition, ce pseudo? Une méchanceté cachée?

- Non, il y avait déjà Coluche qui m'avait montré le chemin. La méchanceté, ce fut celle que j'avais défini comme un art, et pas celle qui idiote ne dit pas son nom. Non, la raison principale, je dois l'avouer pour que «Les figures du passé m'aident à trouver le présent moins long», encore une de ses pensées qui vient à pieds joints avec un café bien serré. Tout cela avec un style qui préconise la parodie, la dérision et l'auto-dérision. 

Les nouvelles technologies avaient bouffé mes jeunes années, mes jours et mes heures. Il fallait bien que je me les récupère pour moi-même un jour, avec moins de rigueur que les réalités booléennes qui associent des "ou" et des "et" en excluant le reste.

Une page lourde d'événements du passé se tournait. C'est sûr. Des souvenirs, des réflexions à partager. Et parfois, aussi, remarquer qu'on fait les mêmes conneries.

- On est entré, là, dans le vif du sujet? 

- Oui. Où je m'offre les délicats plaisirs de revivre les meilleurs moments, pour avoir un but futur. Très probablement, une envie de renverser le trop plein d'émotions, de rires et, quelque part, de résignations. Il y a bien longtemps, travailler restait une issue vers le futur, vers un avenir que l'on pensait devoir toujours être meilleur. Il faut le constater, ce n'est plus dans l'air du temps. Le futur du travail en CDI est compté.

Les désillusions des jeunes, les ratés de nos civilisations dites évolutives, dévaluent plus qu'elles nous réévaluent.

La philosophie ne faisait pas partie de l'éducation, elle devient le faux-fuyant.

- Vous êtes devenu self made man"?

- En 'self made man', on en devient moins exigeant et plus résistant. Écouter devient une meilleure version que de seulement entendre et à réserver pour des moments de réflexions. La musique que je préfère, n'est jamais éloignée du classique et ressort depuis toujours sous une forme de "La symphonie fantastique" de Berlioz. Symphonie qui était présentée en 1830 par un autre solitaire qui avait une histoire chargée d'émotions. "Ma vie est un roman qui m'intéresse beaucoup", disait-il.

Si le sourire était à l'origine, l'envie de bouffonneries, d'humour pour tout et pour rien, n'était pas du parcours dès le départ mais ressortait progressivement pour ne pas prendre la grosse tête dans la soupe de la morosité ambiante. Quand on rie, on ne pense plus à rien d'autre. L'humour est un sport bien plus difficile que la tristesse, je vous l'assure. 

- N'êtes-vous pas devenu très individualiste?

- Quand on peut l'être, pourquoi ne pas l'être tout en restant humble? En position de faiblesse, là, on ne joue plus les forts en gueule; Ma belle-mère l'avait très bien assimilé et qu'il fallait plus donner pour garder un espoir de recevoir un peu en retour. Autodidacte, je l'ai été dans beaucoup de domaines puisque je me suis formé seul. La meilleure solidarité, c'est celle qui se passe dans un échanges de bons procédés dans le ring de la vie. Sans contre-partie, c'est une fausse solidarité. Je ne suis nullement un héros. Pour paraphraser quelqu'un, je dirais que "j'ai en moi cette froideur qui m'a permis de faire abstraction des agressions quand on a essayé de me déglinguer". 

- De la dérision ou de l'auto-dérision est-elle comprise?

- Si en théorie, l’auto-dérision, tout le monde en a, dans la pratique, pour la majorité d'entre nous, on en est très loin. Les gens aiment se faire caresser dans le sens du poil. Remonter un courant contraire, c'est, d'office, se faire traiter de "con".

Accepter les largesses dans les mots oblige d'accepter, de fait, ses faiblesses et ses forces. Comment déceler ce que l'autre a dans la tête si on n'est pas sûr de connaître la sienne? Les réflexions du miroir viennent de là.

Quelle est la limite de l'envie de rire? Je ne suis pas humoriste. Il faut tester cette envie sur soi avant de la proposer à son interlocuteur. Mon double ne faisait pas mieux. Il me testait. Et il échouait, parfois, lui-même, pas assez persuasif. Organiser, c'est se connaitre. Compter les bons points et trembler à la suite des mauvais. Mon double ne s'y est jamais trompé.

Après plusieurs mois d'écritures, j'ai éprouvé le besoin de montrer à ma mère une grosse farde qui contenait mes textes. La farde a été déplacée une fois ou deux de sa place d'origine, preuve qu'elle y avait jeté au coup d’œil. Aucun retour, aucun commentaire. Puis, la farde a pris ses quartiers d'hiver pour ne plus bouger et prendre la poussière dans un coin du living.

Je lui ai demandé alors ce qu'elle en avait pensé.

Sa réponse fut tellement traditionnelle pour elle qui ne pensait plus qu'à l'argent: "Qu'est-ce que cela t'a rapporté?". Je n'ai pas insisté. Aurait-elle pu comprendre que cet aspect ne m'avait même pas effleuré? Elle changea de conversation et je repris ma farde.

Elle ne trichait pas. Elle ne l'aurait pas pu. Etre joueuse de poker, ce n'était pas sa tasse de thé. Tricher aurait été pure affabulation, à ses yeux. Elle avait oublié de vivre autrement vers la fin du parcours, après avoir couru derrière des chimères et des rêves, dès le début.

"Rock around the clock", la recherche du temps perdu? Tiens cela me rappelle une autre sortie, une autre page que j'ai tourné.

- Racontez-moi cela.

- On croit que l'instinct maternel est automatique et naturel. Rien n'est plus faux. Ma mère ne l'avait pas. C'est le 20ème siècle qui a compris l'intérêt économique, social et militaire que l'on pouvait tirer de ce instinct matériel. Il a pris conscience des conséquences pour l'avenir d'un pays. Au 19ème, la mortalité infantile était importante, parce que les jeunes enfants étaient négligés. C'est devenu le mythe du Père Noël qui se répand dans le monde avec l'image de la mère responsable. C'est au moment où l'amour maternel ressort qu'elle s'affiche, et que les enfants deviennent grands, qu'ils reprochent à leur mère de ne pas s'être souciée d'eux.  

Rester dans le politiquement correct, dans les limites de la bienveillance est affaire très personnelle très susceptible à variations importantes qu'elle ne voulait pas assumer. Moi, j'en faisais une affaire plus générale en généraliste que j'ai toujours voulu jouer.

-Tiens vous parler de "politiquement correct", estimez-vous l'avoir été?

-Si j'avais été Benabar, j'aurais chanté son "Politiquement correct" avec d'autres paroles comme celles-ci:

Je n'ai qu'une mère et pas d'enfants, pas tentant?
Ni l'écrire ni le dire, peut-être, trop étouffant.
Maman, tu trouves ça peut-être passablement défait....
C'est que tu m'a appris à être insatisfait
Et pas étourdi !

Pas fumiste, je suis ni de droite ni de gauche et porte pas de dorures.
Je ne regrette pas d'être éclectique quand je sors la ramure
Je suis, je le répète : familialement incorrect
Mais très direct
Dans son ressenti !

Je n'ai rien contre les poupées, je ne me sens pas menacé par des ennemis
Je ne crois pas que les momos ne sont pas costauds et forcément mes amis,
Et si je rouspète sur le politiquement correcte
C'est quand je m'humecte
Ou quand j'dois faire pipi !

J'attaque la pensée unique,  je l'avoue laïc sans transes
Je ne crois pas qu'il y ait que des idiots parmi les panses
Je risque de te paraître, socialement incorrect
Ne me parle pas de secte
La réflexion, ça m'suffit !

Te sembler démagogue, en déconseillant d'avoir peur
Militer pour une vie solitaire mais sans leurres
Tu trouves ça naïf et bête d'être trop râleur
Tout dépendra de mon humeur
Sinon, je le nie

Je m'adresse à tout le monde avec le sourire, machos ou chiennes
Pas de distinctions de race ou de couleurs, qu'elles restent siennes
On n'aime pas rire, on n'aime pas le dire, mais je m'en moque
Avec le sourire, c'est vrai parfois, je me doute que je choque
Mais, c'est ainsi

Pas de complexes d'infériorité, aucun complexe de supériorité
Avec une seule envie de penser
Je ne suis pas politiquement incorrect
Du moment que l'on y détecte
Et que l'on y sourit

De m'avoir laisser la bride au cou
D'avoir laisser à la ligne trop de mou
De rechercher le dernier sou
Même si c'est à feu doux
Maman, après je t'en remercie.

 

- Belle reformulation. Dernière question, et si c'était à refaire, que changeriez-vous?

- J'ai déjà répondu à cette question. La conclusion, quant on se rappelle des premiers chapitres, pourrait être:  Stephan Hessel écrivait "Indignez-vous", à 94 ans. Donc, on a encore le temps pour le faire pour s'indigner en "dur" et sans humour.

Je ne dirai pas comme Philippe Bouvard que je travaillerai toujours jusqu'à la fin à bien plus de 80 ans. Il faut garder les moyens de sa politique et une politique qui ressemble à ses moyens. La tête et les jambes sont un mariage de raison que l'on espère maintenir.

Enfin, à toutes ces questions, nous y avons répondu ensemble parce que, je vous ai reconnu, vous m'interrogez alors que vous êtes mon double, mon subconscient.

 

La prochaine fois, pour la conclusion, je reprendrai le flambeau, en personne "simple", en "stand alone" comme on dit dans le monde numérisé.

12:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

"Feu vert à Jacques Careuil" tel est le titre de l'autobiographie de cet animateur-vedette de la RTBF au visage poupin et à la voix reconnaissable entre toutes. Il parle du succès dans un chapitre:
"Quand vous tenez un succès, gardez-le! Il vous apparaitre un jour que vous n'êtes pas assez payé, que vous êtes exploité, que votre nom vaut de l'argent, que vous aimeriez faire autre chose de plus valorisant... Mais le jour où vous claquerez la porte, où même si vous partez sans faire de bruit, personne, non personne, ne vous tendra la main et on ne fera non plus jamais aucun bruit autour de vous. J'ajouterai que vos amis, collègues, compagnons de route seront bien heureux, même s'ils prétendent le contraire. de prendre sinon votre place, un budget vacant et une tranche horaire libre. C'est humain. Nous ne sommes rien dans la grande machine des médias. On nous le laisse croire et le public nous invite à imaginer que nous sommes importants. Mais nous sommes jetables comme des mouchoirs en papier. Après, longtemps après, il vous restera les souvenirs à consigner dans un livre."

76 ans, Jacques Careuil. S'il avait vécu ses derniers instants, aujourd'hui, peut-être aurait-il été viré et non remplacé. Tout est une question d'époque.
Parfois avoir un peu d'avance peut arranger bien des choses.

Écrit par : L'enfoiré | 28/04/2012

« Ce qui est désolant, c'est que sous le couvert de pseudos, la méchanceté gratuite a souvent tendance à exploser. La vie actuelle est plus agressive, pourquoi pas leurs reflets. Le pseudo, faussement incognito, donne de l'assurance à l'auteur "disgracieux" ou "irrespectueux". Plus besoin d'être original et humoristique sans étiquette. Les réponses deviennent partielles et partiales. On élimine les points qui dérangent. Le jeu de ping-pong est sans allant. C'est un combat entre un mouton et un moutonné à qui perd gagne. La victoire à la Pyrrhus finale, dégoûtera son vainqueur. Dès lors, si on n'a pas atteint le fond, on commence très vite à en sentir les odeurs.« 

Bonjour Guy

Cette longue citation, tirée d'un article de ton blogue, édition 2009, je l'endosse parfaitement. Je ne m'inscris pas sous un pseudonyme en spécialiste polyvalent qui distribue des conseils à tout venant. Je n'utilise jamais un pseudonyme. Toutes mes réponses ou commentaires ou répliques portent ma signature. Si je commets une erreur, je n'ai nul besoin de me réfugier derrière un anonymat quelconque.

Et cette mère qui ne trichait pas avait peut-être raison de s'interroger. La méchanceté pour la méchanceté, cela sert à quoi? Sa réponse fut tellement traditionnelle pour elle qui ne pensait plus qu'à l'argent, écrivez-vous? Et si cela était son anonymat bien à elle pour qu'on ne découvre sa sensibilité toute intérieure et sa soupape de sécurité?

En terminant, mon cher Guy, je rappellerai cette petite phrase intéressante d'Amélie Nothomb : Bien plus des les problèmes métaphysiques, ce sont les infimes contrariétés qui signalent l'absurdité de l'existence

Pierre R. Chantelois

Écrit par : Pierre R. Chantelois | 03/05/2012

Je continue la citation:
"Chacun a sa technique de réponse aux invectives. Fabriquer sa réplique est affaire de doigté et de persuasion qui se veut un correspondant à la hauteur. Pas de secret, pas d'adaptation d'une situation sur une autre. Du coup par coup. Pas d'ego transposable vers un autre. Seulement des règles de respect de règles implicites du "jeu" mais qui ferait patiner l'originalité. L'art de la méchanceté se joue comme la vie. Rien n'est gratuit. La faille, chez l'autre, se découvre parfois après des recherches. Sans mentir ou pervertir la réalité."

Je me souviens de ce billet. Le pseudo n'est pas vraiment un problème majeur si celui qui a été choisi correspond au sens général que veut exprimer un auteur. Le nom propre, on ne le choisit pas et il n'exprime rien. Par contre, un pseudo du type FrV543 par exemple, me gène. On confond le pseudo avec un mot de passe. Aujourd'hui, l'identification par l'IP est toujours possible, si "extravagance", il y a.

"Et si cela était son anonymat bien à elle pour qu'on ne découvre sa sensibilité toute intérieure et sa soupape de sécurité? "
Bonne question. Mais il arrive que la soupape de sécurité dépasse l'entendement qui ne correspond pas à la manière de vivre. On n'épargne jamais pour sa deuxième vie. Les Pharaons le pensaient peut-être, mais...
L'amour ne s'achète pas. Il se construit dans le temps et les épreuves.

Écrit par : L'enfoiré | 04/05/2012

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