Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/12/2011

08 - Salauds d'adultes

« Où je déplore d'avoir perdu la vie et conservé mes obsessions », disait Philippe Bouvard dans une telle situation, lui qui n'a pas atteint le niveau du bac.

0.jpgTout avait bien commencé. L'école primaire pour le "gamin" apporta une découverte: une envie d'apprendre, de connaîtrepère et d'approcher le monde par l'intermédiaire d'autres enfants.

Une enveloppe dans cette envie d'apprendre et une relation d'amitié avec ses institutrices féminines au départ, masculines ensuite, n'étaient pas fictive.

Les places d'honneur sur le podium lui étaient, dès lors, réservées. L'éducation semblait automatique. Elle avait intérêt à l'être puisque sans secours parallèle à la maison. La confiance régnait de ce côté et personne n'y ajoutait mots ni actions.  Les examens n'étaient que de simples formalités. A la suite de bons résultats, un des instituteurs invita les deux premiers de la classe, à la campagne, dans la ferme de ses parents. Le gamin en faisait partie. Ce fut une découverte.

La sexualité des animaux, d'abord.

Là, il découvrit la vie de ferme et toutes les joies annexes de se mesurer avec les animaux inconnus par lui. Il ignorait tout de cette vie de campagne. La compagnie des chèvres, des cochons et des vaches, le goût du lait crémeux que l'on venait de traire encore chaud dans les grands bols. Tout cela lui était inconnu. Il y eut même des batailles avec les pis de vaches qui s'organisèrent dans la joie de l'ignorance avec l'autre élève de la partie. Vraiment, plus amusant que les pistolets à eau.

Remontrance amusée des grands, bien sûr. Mais un régal de ce lait crémeux, encore chaud dans le bol, le soir, assis ensemble autour d'une grande table familiale, était tout aussi nouveau avec les sourires d'usage dans un couple soudé de gens d'un âge certain que l'instituteur regardait en coin d'un regard amusé. Les images collent encore à l'esprit.

Le retour et la vie de tous les jours entre les deux femmes qui jouaient des rôles mal attribués, reprenaient ensuite un cours plus cadenassé dans des préjugés.

Gynécée trop peu en concordance avec la formation complète d'un garçon.

Côté positif, s'il en est, il n'y a pas eu après de séparation, de déchirure d'enfants balancés de parent à parent, telles que la vivent les enfants d'aujourd'hui.

Pas de père, pas de soucis, pas de renforcement du caractère masculin non plus.

Le flou artistique du côté d'une explication qui avait dû se produire quand le "gamin" se posait la question de savoir pourquoi il n'y avait pas un père qui venait le chercher à l'école. Du père, personne n'en parlait ou de moins en moins, jusqu'à en ignorer son existence. Il fallait effacer l'ignominie, la dissoudre dans les esprits. Aujourd'hui, il restera une énigme pour moi, quel était le job de mon père? Qu'avait-il étudié à l'école? 

Le père alla dans un ailleurs et dans un autre temps, fonder une autre famille et donner une demi-sœur que, le fils initial n'a jamais rencontré. Une sœur, même à moitié, qu'il aurait, peut-être, aimé... qui sait? 

Le fait de ne plus avoir de père à la maison avait pourtant un effet pervers pour un garçon. 

Dans la liste, l'envie de voir du sport à la télé, le fameux foot, de se lancer dans le bricolage, des actions qui s’évaporèrent de l'éducation du garçon aux côtés de ses deux éducatrices de remplacement. Le foot, la bière à table furent simplement prohibés avec une réaction, « anti-père ». 

- Je ne vais pas te montrer ce que ton père aimait, aurait pu penser sa mère. Pas sûr d'ailleurs qu'elle ne l'aie pas dite, cette phrase.

Il fallait se raccrocher à la vie de tous les jours.

Mais, tout allait bien du côté des études primaires. Analyser la situation était une préoccupation secondaire.

La religion pour lui mériterait un chapitre à lui seul. Comme il n'en fait pas partie, un résumé suffira.

Baptisé de l'Église catholique, mais sans conviction, il avait bien plus d'idées ailleurs que de vouloir s'y astreindre des moments trop répétitifs. Le catéchisme pour la communion solennelle lui a permis plus de s'amuser à se promener en aube que faire la noce avec n'importe quel dieu.

En arrière plan, sa mère avait vécu un épisode qui devait l'avoir marqué à jamais pour ne pas le pousser dans cette voie.

Le grand-père n'était pas croyant. Après sa mort, voyant arriver la période de la communion pour elle, la grand-mère s'en inquiéta. Il fallait faire comme les autres et donner à sa fille cette communion pour qu'elle ne puisse pas être mise au ban de la société. A neuf ans, sa fille n'avait pas été baptisée et elle envoya sa fille chez une Comtesse qui lui inculqua les douces histoires de la Bible et lui imprima une peur de Satan à lui faire perdre toute raison.

- J'ai des diables dans le corps, maman, devait-elle dire au retour.

Tout se calma ensuite. Remise sur les "rails", le baptême eut lieu. Sa fille en garda un très mauvais souvenir. Ses cheveux fraîchement coiffés, avaient perdus l'attrait qu'ils auraient dû garder pour l'occasion de ses neuf ans sous l'eau du baptême. Souvenir impérissable, de multiples fois raconté. Plus question de s'attarder dans les bénitiers, pour elle et sa suite.

Retour au gamin qui grandissait. L'étape suivante, ce fut la grande école, l'athénée. Elle ramena les songes sur un espace plus terre-à-terre et moins artistique.

L'athénée n'est qu'en principe, un élargissement de l'école primaire, qu'une suite logique, dit-on. On le pense, mais c'est faux.

C'est un bond bien plus important, plus stratégique. Cela se résume à une fusion de passages plus étroits avec un choix à y faire, à la clé.

Choix d'orientation préalable, argumenté seulement par quelques intuitions, quelques aptitudes mais sans orientation scolaire et sans l'aide par l'intérieur de la famille. A cette époque, les latines étaient la voie royale vers les études supérieures.

Cela semblait dans les cordes puisque cela avait bien marché pendant les primaires. Ce furent donc six ans de latin, pour la beauté du geste et pour apprendre ce qui ne servira jamais que pour trouver une racine dans une langue. "Rosa, rosa, rosae, rosa, rosis", comme chantait Brel.

Au milieu, un an de grec ancien, en 3ème année, et ainsi s'incruster un peu plus dans le passé. En finale, deux ans de sciences pour correspondre un peu mieux à ce que le monde de l'époque voulait de sa jeunesse.

Lorsque vous, jeunes, on vous demandera ce vous voulez faire plus tard, répondez sans hésitation.

Conducteur de train, marchand de jouets, créateur de jeux vidéo, clown dans un cirque.

Vous vous réserverez des jours meilleurs, par la suite.

Pas de fausse modestie. Pas d'opérations de charme. Pas de rêves dont vous n'auriez pas rêvés et aussi, à cauchemarder, pendant quelques nuits.

Il ne faut pas réinventer la roue. Elle tourne très bien sans vous.

Que de cadeaux personnalisés sur de mauvaises appréciations des dangers de la décision.

Mieux vaut jouer avec les roulettes du train électrique et que vous pourriez avoir une chance de recevoir la prochaine fois en cadeau.

Un train électrique, le "gamin" n'en avait jamais reçu.  Les rails étaient trop étroits. Seulement, très jeune, une petite locomotive en bois qui ne tenait pas la route, mais dont les déraillements s'ajoutaient à la joie. 

Puis, être né un 1er septembre fait qu'on est prédestiné à recevoir un beau cartable tout neuf à chaque anniversaire. Le cartable était placé en bandoulière sur le dos de son porteur. Le pupitre incliné, en bois, avec l'encrier ne faisaient qu'un. la plume ballon trempée dans l'encre en faisant attention de ne pas répandre celle-ci avant d'arriver sur le papier d'écriture. L'éducation et l'enseignement se confondaient. On prenait attention à enseigner la bonne position et l'hygiène qui donne 'toujours' la santé.  

Un jour, à la porte d'un des amants de Raymonde, Guy s'est retrouvé devant lui. 

- Vous avez assez joui de ma mère, je pourrais en profiter aussi.

Une déclaration surprenante. Plus surprenante qu'il ne pouvait se rendre compte.

L'amant se retourna vers la mère avec un sourire au lèvre.

La sexologie n'était pas dans les habitudes de la maison.

Candeur quand tu nous tiens.

L'homosexualité potentielle, il l'avait rencontrée. Il avait senti que ce n'était pas son parti et cela s'était achevé plus vite que le commencement.

Bien plus tard, les films pornos ont permis de combler une information non desservie sur mesure. De filles, il avait considéré d'en avoir déjà deux à la maison, une mère et une grand-mère, cela suffisait. 

A la question de sa mère, de savoir ce qu'il voulait faire plus tard, dans sa candeur, toute pratique, le gamin lui avait répondu:

- Je voudrais être docteur. Pour te soigner, Maman.

Docteur, en quoi? En médecine?

Non mais, elle est folle cette idée...

Pour impressionner la galerie, voilà, que le gamin s'était mis dans le pétrin, en porte à faux. Avec deux mains gauches, il ne devait pas espérer être manuel, d'accord, mais de là à passer à la vitesse supérieure...

Il aurait pu avoir une vocation pour le dessin, mais pas celle-là puisqu'il n'en connaissait pas la durée des études, les arcanes et les voies de garage.

Une fois, les mots lancés, il fallait accepter à être piégé.

L'année suivante, il recevait la monnaie de son erreur. Ce furent des jouets de médecin, comme palliatifs de récompenses pour celui qui avait eu des idées avant-gardistes prononcées par méconnaissance.

Les parents, décidément, vont se choyer de ce genre d'idées pour leur propre avenir et le répéter à qui voulait l'entendre.

- Mon fils veut devenir médecin.

Une succession assurée qu'ils n'avaient pas, eux-mêmes, senti devoir à assumer et ainsi, sauter sur une occasion de se faire plaisir par la même occasion.

L'innocence de leurs enfants, c'est ce que les parents aiment le mieux. Comme il s'agissait, ici, de deux femmes, c'était le summum de l'espérance.

Une vocation, cela ne se transmet pas dans les gènes, malgré, les envies éventuelles des parents.

Cela se découvre par à coups, progressivement, à coup de succès et d'échecs.

Mais c'est déjà une autre histoire.

Au sujet des histoires qu'un parent raconte généralement à ses enfants parce que cela l'a marqué si pas terrorisé: la guerre et ce qu'on en ressent.

Le "gamin" en recevra plus d'information sur la guerre 14-18 par l'intermédiaire de la grand-mère, que sur la guerre 40-45, époque pendant laquelle sa mère vivait les plus belles années de sa jeunesse entre 20 et 25 ans.

C'est à croire que sa mère ne l'avait pas vécue, cette deuxième guerre-là, qu'elle n'avais jamais existé. 

Le "gamin" n'aura, heureusement, pas d'obligation de le justifier pour avoir déraillé dans cette voie.

Il sera monté en grade, artificiellement dans l'échelle des honneurs. Il rêvait à Bob Morane en secret.

C'était déjà, ça.

"Il nous faut devenir adultes pour comprendre que les adultes n'existent pas et que nous avons été élevés par des enfants que l'armure de nos rires rendaient faussement invulnérables.", écrivait Christan Bobin

 

12:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.