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30/11/2011

13 - Un enfoiré qui cherche son miroir

"Le besoin d'affabulation, c'est toujours un enfant qui refuse de grandir", Emile Ajar

0.jpg- Vous m'avez laissez sur ma faim. Et maintenant racontez-moi. Que faites-vous pour meubler vos temps libres? Donc, l'écriture...

- C'est déjà une histoire presque ancienne. Vers la fin de carrière, quand je sentais que mes jours étaient comptés dans les grandes entreprises humaines dites actives, je m'y suis préparé. En fin de carière, on devient trop cher. Un déclic, la visite d'un ponte des Etats-Unis qui était venu nous annoncer la "bonne nouvelle" d'une réforme de plus à envisager.

Arrivé "Où je profite du grand refroidissement pour rafraîchir ma mémoire", dixit Bouvard.

Cette fois, il fallait sortir des sentiers battus. Pas question de prendre les pinceaux, le papier à tapisser et tout le reste qui fait de vous, le petit bricoleur modèle. La photo, c'était déjà une passion ancienne, mais avec le numérique, plus question de passer au laboratoire, pour mélanger les couleurs, avec le révélateur, le fixateur, sous l'agrandisseur... On n'en était plus là. L'agrandisseur a été vendu par eBay et doit se retrouver quelque part, dans les mains d'une jeune étudiante en photographie.

Une solution, utiliser ce que j'avais développé dans le passé. Mais encore... Faire comme avant mais en plus de temps pour le faire? Donner des cours en bénévolat aux "suivants" ou aux parallèles moins privilégiés dans les connaissances d'aujourd'hui. Oui, mais encore faut-il des utilisateurs motivés qui correspondent à sa manière de penser. Internet, par exemple. Cela venait de s'ouvrir du côté des blogs et une autre envie germait déjà pour montrer qu'une évolution dans l'écriture s'était positionnée. Écrire une histoire, plus ou moins longue, par bribes alors que je n'avais jamais écrit une ligne en dehors de rapports fastidieux à écrire et à lire. Un journal personnel alors que je n'ai jamais eu le temps ni la volonté de l'aborder? Oui, pourquoi pas, une bonne idée de rester dans l'ombre et la solitude face à un écran. C'est ainsi, qu'on découvre, plus facilement, les autres enfoirés, les vrais de vrais, ceux qui se cacheraient derrière des noms plus exotiques ou des noms d'emprunts.

- Ecrire, mais quoi et comment?

- Choisir le type d'écriture.  Il y avait un pseudo à trouver pour être "à la mode de chez nous". Un premier article assez explicite et rebelle "Nous sommes tous responsables".

Des fois, je me demande ce qui a fait que j'ai choisi "l'enfoiré de service" comme j'ai aimé m'appeler dès le départ. Au service de qui d'ailleurs? 

Philippe Bouvard me donne trois options, trois questions pour l'occasion. Était-ce pour « Distribuer son CV à toutes fins utiles »? Une nouvelle version de «Où j'essaye pathétiquement à me rendre intéressant et je m'offre mon premier flashback»Ou, au contraire, pour trouver « Où je soupçonne la méchanceté de n'être pas morte avec moi, et, ainsi je règle mon compte avec ceux qui n'ont pas réglé mon cas »?

Pourquoi "de service"? J'étais au bout de la période des services. Carrière, sans rupture, sans creux, sinon parfois un doute ou un dilemme dans une orientation obligatoire sans perdre ses dernières cartouches.

- Cartouches? Vous en avez eu souvent besoin?

- Garder toujours une dernière cartouche, si le choix n'était pas conforme aux espérance, oui. C'est aussi imaginer une sortie sans attendre trop en se foutant du regard oblique des passants honnêtes qui ne pensent qu'à monter les échelons. Ce fut une chance énorme d'avoir pu réaliser cette transformation. Une contre-partie à l'enfance, moins réussie, comme je vous ai raconté.

- Sous le pseudo d'enfoiré, donc?

- Enfoiré, oui, là pas eu de gros problèmes pour choisir ce pseudo, en adresse email et en signature.

Bizarre, que ce pseudo ne m'aie pas demandé une recherche de longue haleine. Une timidité soignée que l'on remplacerait naturellement par son opposé, la provocation? La timidité était déjà bien longtemps remplacée par un esprit rebelle. Le côté extraverti, vient dans la lignée. 

- Une prémonition, ce pseudo? Une méchanceté cachée?

- Non, il y avait déjà Coluche qui m'avait montré le chemin. La méchanceté, ce fut celle que j'avais défini comme un art, et pas celle qui idiote ne dit pas son nom. Non, la raison principale, je dois l'avouer pour que «Les figures du passé m'aident à trouver le présent moins long», encore une de ses pensées qui vient à pieds joints avec un café bien serré. Tout cela avec un style qui préconise la parodie, la dérision et l'auto-dérision. 

Les nouvelles technologies avaient bouffé mes jeunes années, mes jours et mes heures. Il fallait bien que je me les récupère pour moi-même un jour, avec moins de rigueur que les réalités booléennes qui associent des "ou" et des "et" en excluant le reste.

Une page lourde d'événements du passé se tournait. C'est sûr. Des souvenirs, des réflexions à partager. Et parfois, aussi, remarquer qu'on fait les mêmes conneries.

- On est entré, là, dans le vif du sujet? 

- Oui. Où je m'offre les délicats plaisirs de revivre les meilleurs moments, pour avoir un but futur. Très probablement, une envie de renverser le trop plein d'émotions, de rires et, quelque part, de résignations. Il y a bien longtemps, travailler restait une issue vers le futur, vers un avenir que l'on pensait devoir toujours être meilleur. Il faut le constater, ce n'est plus dans l'air du temps. Le futur du travail en CDI est compté.

Les désillusions des jeunes, les ratés de nos civilisations dites évolutives, dévaluent plus qu'elles nous réévaluent.

La philosophie ne faisait pas partie de l'éducation, elle devient le faux-fuyant.

- Vous êtes devenu self made man"?

- En 'self made man', on en devient moins exigeant et plus résistant. Écouter devient une meilleure version que de seulement entendre et à réserver pour des moments de réflexions. La musique que je préfère, n'est jamais éloignée du classique et ressort depuis toujours sous une forme de "La symphonie fantastique" de Berlioz. Symphonie qui était présentée en 1830 par un autre solitaire qui avait une histoire chargée d'émotions. "Ma vie est un roman qui m'intéresse beaucoup", disait-il.

Si le sourire était à l'origine, l'envie de bouffonneries, d'humour pour tout et pour rien, n'était pas du parcours dès le départ mais ressortait progressivement pour ne pas prendre la grosse tête dans la soupe de la morosité ambiante. Quand on rie, on ne pense plus à rien d'autre. L'humour est un sport bien plus difficile que la tristesse, je vous l'assure. 

- N'êtes-vous pas devenu très individualiste?

- Quand on peut l'être, pourquoi ne pas l'être tout en restant humble? En position de faiblesse, là, on ne joue plus les forts en gueule; Ma belle-mère l'avait très bien assimilé et qu'il fallait plus donner pour garder un espoir de recevoir un peu en retour. Autodidacte, je l'ai été dans beaucoup de domaines puisque je me suis formé seul. La meilleure solidarité, c'est celle qui se passe dans un échanges de bons procédés dans le ring de la vie. Sans contre-partie, c'est une fausse solidarité. Je ne suis nullement un héros. Pour paraphraser quelqu'un, je dirais que "j'ai en moi cette froideur qui m'a permis de faire abstraction des agressions quand on a essayé de me déglinguer". 

- De la dérision ou de l'auto-dérision est-elle comprise?

- Si en théorie, l’auto-dérision, tout le monde en a, dans la pratique, pour la majorité d'entre nous, on en est très loin. Les gens aiment se faire caresser dans le sens du poil. Remonter un courant contraire, c'est, d'office, se faire traiter de "con".

Accepter les largesses dans les mots oblige d'accepter, de fait, ses faiblesses et ses forces. Comment déceler ce que l'autre a dans la tête si on n'est pas sûr de connaître la sienne? Les réflexions du miroir viennent de là.

Quelle est la limite de l'envie de rire? Je ne suis pas humoriste. Il faut tester cette envie sur soi avant de la proposer à son interlocuteur. Mon double ne faisait pas mieux. Il me testait. Et il échouait, parfois, lui-même, pas assez persuasif. Organiser, c'est se connaitre. Compter les bons points et trembler à la suite des mauvais. Mon double ne s'y est jamais trompé.

Après plusieurs mois d'écritures, j'ai éprouvé le besoin de montrer à ma mère une grosse farde qui contenait mes textes. La farde a été déplacée une fois ou deux de sa place d'origine, preuve qu'elle y avait jeté au coup d’œil. Aucun retour, aucun commentaire. Puis, la farde a pris ses quartiers d'hiver pour ne plus bouger et prendre la poussière dans un coin du living.

Je lui ai demandé alors ce qu'elle en avait pensé.

Sa réponse fut tellement traditionnelle pour elle qui ne pensait plus qu'à l'argent: "Qu'est-ce que cela t'a rapporté?". Je n'ai pas insisté. Aurait-elle pu comprendre que cet aspect ne m'avait même pas effleuré? Elle changea de conversation et je repris ma farde.

Elle ne trichait pas. Elle ne l'aurait pas pu. Etre joueuse de poker, ce n'était pas sa tasse de thé. Tricher aurait été pure affabulation, à ses yeux. Elle avait oublié de vivre autrement vers la fin du parcours, après avoir couru derrière des chimères et des rêves, dès le début.

"Rock around the clock", la recherche du temps perdu? Tiens cela me rappelle une autre sortie, une autre page que j'ai tourné.

- Racontez-moi cela.

- On croit que l'instinct maternel est automatique et naturel. Rien n'est plus faux. Ma mère ne l'avait pas. C'est le 20ème siècle qui a compris l'intérêt économique, social et militaire que l'on pouvait tirer de ce instinct matériel. Il a pris conscience des conséquences pour l'avenir d'un pays. Au 19ème, la mortalité infantile était importante, parce que les jeunes enfants étaient négligés. C'est devenu le mythe du Père Noël qui se répand dans le monde avec l'image de la mère responsable. C'est au moment où l'amour maternel ressort qu'elle s'affiche, et que les enfants deviennent grands, qu'ils reprochent à leur mère de ne pas s'être souciée d'eux.  

Rester dans le politiquement correct, dans les limites de la bienveillance est affaire très personnelle très susceptible à variations importantes qu'elle ne voulait pas assumer. Moi, j'en faisais une affaire plus générale en généraliste que j'ai toujours voulu jouer.

-Tiens vous parler de "politiquement correct", estimez-vous l'avoir été?

-Si j'avais été Benabar, j'aurais chanté son "Politiquement correct" avec d'autres paroles comme celles-ci:

Je n'ai qu'une mère et pas d'enfants, pas tentant?
Ni l'écrire ni le dire, peut-être, trop étouffant.
Maman, tu trouves ça peut-être passablement défait....
C'est que tu m'a appris à être insatisfait
Et pas étourdi !

Pas fumiste, je suis ni de droite ni de gauche et porte pas de dorures.
Je ne regrette pas d'être éclectique quand je sors la ramure
Je suis, je le répète : familialement incorrect
Mais très direct
Dans son ressenti !

Je n'ai rien contre les poupées, je ne me sens pas menacé par des ennemis
Je ne crois pas que les momos ne sont pas costauds et forcément mes amis,
Et si je rouspète sur le politiquement correcte
C'est quand je m'humecte
Ou quand j'dois faire pipi !

J'attaque la pensée unique,  je l'avoue laïc sans transes
Je ne crois pas qu'il y ait que des idiots parmi les panses
Je risque de te paraître, socialement incorrect
Ne me parle pas de secte
La réflexion, ça m'suffit !

Te sembler démagogue, en déconseillant d'avoir peur
Militer pour une vie solitaire mais sans leurres
Tu trouves ça naïf et bête d'être trop râleur
Tout dépendra de mon humeur
Sinon, je le nie

Je m'adresse à tout le monde avec le sourire, machos ou chiennes
Pas de distinctions de race ou de couleurs, qu'elles restent siennes
On n'aime pas rire, on n'aime pas le dire, mais je m'en moque
Avec le sourire, c'est vrai parfois, je me doute que je choque
Mais, c'est ainsi

Pas de complexes d'infériorité, aucun complexe de supériorité
Avec une seule envie de penser
Je ne suis pas politiquement incorrect
Du moment que l'on y détecte
Et que l'on y sourit

De m'avoir laisser la bride au cou
D'avoir laisser à la ligne trop de mou
De rechercher le dernier sou
Même si c'est à feu doux
Maman, après je t'en remercie.

 

- Belle reformulation. Dernière question, et si c'était à refaire, que changeriez-vous?

- J'ai déjà répondu à cette question. La conclusion, quant on se rappelle des premiers chapitres, pourrait être:  Stephan Hessel écrivait "Indignez-vous", à 94 ans. Donc, on a encore le temps pour le faire pour s'indigner en "dur" et sans humour.

Je ne dirai pas comme Philippe Bouvard que je travaillerai toujours jusqu'à la fin à bien plus de 80 ans. Il faut garder les moyens de sa politique et une politique qui ressemble à ses moyens. La tête et les jambes sont un mariage de raison que l'on espère maintenir.

Enfin, à toutes ces questions, nous y avons répondu ensemble parce que, je vous ai reconnu, vous m'interrogez alors que vous êtes mon double, mon subconscient.

 

La prochaine fois, pour la conclusion, je reprendrai le flambeau, en personne "simple", en "stand alone" comme on dit dans le monde numérisé.

12:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

26/11/2011

bala14- Postface

« L'autobiographie est encore le meilleur moyen qu'on ait trouvé pour dire toute la vérité à propos des autres », Pierre Daninos

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Que dire à la fin d'une autobiographie? Qu'on a été heureux d'avoir été là? Qu'on a exister? Qu'on existe encore?

Avoir recherché le bonheur pour son entourage ainsi que pour soi-même, ne me semble pas une mauvaise interprétation de ce qui pourrait être un but ambitieux que l'on réussit parfois, que l'on rate aussi.

Qu'on a eu de la chance d'être né au bon moment et au bon endroit pour ne pas avoir sombré dans des affres d'une autre époque dans laquelle la drogue aurait pu faire des dégâts.

C'est remarqué que la destinée est parfois bizarre. La 3ème génération avant avait huit enfants fruits d'une arrière-grand-mère et deux arrières-grands-pères.

Deux noms de familles Vandenborre et Swenne. Il n'y a eu de suite que par l'intermédiaire du deuxième qui a continué le nom Swenne mais au Québec.

J'ai construit un arbre généalogique et je reçois encore des nouvelles des Swenne par l'intermédiaire de "Héritage".

Pour le reste, ce fut une véritable implosion pour différentes raisons: le "carpe diem" et parfois un athéisme latent  

De la chance d'avoir choisi un métier qui me correspondait, qui m'a permis de créer plutôt que d'être d'utilisateur de rêves des autres avant de m'y immiscer en finale comme les autres.

« Où j'ai constaté que plus on est mort, moins on vit et où je m'offre le délicat plaisir de revivre mes meilleurs moments», constatait Bouvard toujours en vie.

Entre la compréhension et la réalisation, il y a l'interprétation des événements.

Interpréter est à mettre en relation avec un espace-temps et s'en souvenir, une joie ou un remord.

Inventer ma vie, je n'aurais pu le faire, même si écrire des fictions me passionne.

J'ai cherché, fouillé, gratté, déterré, exhumé mes souvenirs de la seule mémoire puisque la plupart des photos n'existent plus. La mémoire reste paresseuse, hypocrite, même. Elle ne se rappelle que des meilleurs et des pires moments. Le reste est enfoui sous l'iceberg d'une pensée considérée comme trop banale. Elle relate des faits qui paraissent évidents, vraisemblables mais qui ne sont pas nécessairement la seule vérité. La vie active, je l'ai décrite, en détail, ailleurs.

Dans cette rétrospective autobiographique, j'ai essayé de ne pas y ajouter d'effets théâtraux. C'est déjà ça.     

Une seule introspection ne suffit pas. Il aurait fallu la mettre en correspondance avec les interlocuteurs de l'histoire puis avoir le courage d'en faire le contour avec une critique à froid. Pour ma mère, ce fut l'argent qui représentait le but à atteindre, l'outil de ses fantasmes.

Cette biographie en parallèle, j'aurais dû l'écrire plus tôt et te la présenter, Maman.

Tu en aurais peut être ajouté quelques secrets avec un regard plus personnel et attentif que le mien.

Tout était là pour donner des envies communes qui allaient passer par notre imagination.
Il est fondamental d'accepter de faire le deuil de ce qui n'a pas été donné dans l'enfance en réponse  aux envies dans le regard.
Fondamental de comprendre que, du fait de notre histoire, certaines personnes nous sont interdites dans la vie d'adulte.
Sous l'emprise de pulsion de vie, nous pouvons établir des relations avec d'autres plus bienveillantes avec lesquelles nous n'aurons jamais à nous battre pour qu'elles reconnaissent nos qualités. Tout individu s'offre l'occasion de revisiter des émotions non évacuées et donc de tenter de les réparer. 

Maman, tu avais envié les plus riches, tout en étant pingre pour toi-même et pour les autres. Tu as ainsi oublié de vivre en épargnant pour ta deuxième vie. Ce n'est pas ainsi que l'on peut motiver les autres dans la longueur.

Trop abstraites, les vraies raisons de ton mal-être pouvaient, pourtant, s'y déceler.

La vie était ailleurs. L'envie, pour toi, s'est traduite par le mot "jalousie" dans ton esprit. Ce sujet-là, c'est déjà un autre livre à écrire.

L'envie, sous cette forme, est une maladie incurable. Elle terrasse son malade sans se dénoncer et flétrit les deux bords d’une relation humaine. Le moment d'en prendre conscience, c'est déjà trop tard.

L’envie est toujours menée par ce qu’on n’a pas et que l’on voit dans l’assiette de l’autre. 
Tu as, maman, trop espérer des autres en n'investissant pas là où il le fallait. Tu dénonçais, pointais du doigt ta propre existence, en pure perte de moyens. 
Intéresser l'autre, par ses sentiments, par ta culture, tes expériences, sans intermédiaire, tu ne le pouvais. Des anecdotes existent pour le prouver. Défendre tes convictions avec des propres arguments, reconnaître tes erreurs et garder le plaisir de transmettre, garder un peu de folie, d'humour, c'est ce qui t'a surtout manqué.
Le piège de notre société de consommation ne t'avait même pas effleuré pourtant tu y as plongé, pieds joints.
Vers la fin, tu n'espérais plus rien, n'avais plus de projets. Dans ce cas, tu ne pouvais que devenir déçue de la vie et te renfermer dans un mutisme profond.

Avais-je été partiellement responsable de ce mutisme en tant qu'adulte? Peut-être.

Je voyais la vie autrement. Nous avons la fierté en commun. La fierté est une maladie contagieuse qui génère sous forme de ratés de cascadeur.

Tu avais besoin d'un gestionnaire de ton patrimoine. Un conseiller, toujours prêt à te recevoir avec le sourire, je ne pouvais pas te l'offrir pour construire tes rêves et tes fantasmes. Les conseilleurs sont, le plus souvent, les plus encaisseurs et les meilleurs "amis". Ce que je ne pouvais ni voulais devenir.

Ton «bâton de vieillesse» t'as déçu.

Mon «bâton de jeunesse» m'a manqué. Entre les deux extrémités que de malentendus.

L'envie dans le regard, pour moi, était faite plutôt de choses bien naturelles qu'un jeune aurait pu espérer de la vie en famille et qui a manqué. 

Mon double a permis d'y échapper. Ce double imaginaire a évité beaucoup de pièges, mais aussi rater, peut-être, la montre en or. Un goût de la psychologie, de la lecture en soi et ensuite de l'écoute attentive des autres m'a permis de comprendre le "jeu d'échecs de la vie".

0.jpgTu n'as pas laissé de lettre comme testament qui aurait pu m'éclairer. Rien qui aurait pu expliquer le fond de ta manière de vivre. Tu avais voulu ta liberté pour papillonner plutôt que de laver les chaussettes d'un homme, comme tu le disais. Je te savais passionnée avec eux, pourtant.

Opérations sans lendemain car il n'y avait qu'un échange partiel et très temporel à la clé.

La danse, ta passion, s'est limitée, à la fin, à l'admiration d'une piste sur glace à la télé. Sans même en comprendre les règles. Le reste ne fut que des images qui passaient, très vite oubliées, dont tu n'aurais pu en discuter ni en retenir le contexte.

Ma lettre qui te serait destinée, ne serait pas du style de celle de Roland Magdane qui me fait sourire mais qui ne correspond pas à la situation, bien que Magdane fait partie de la même génération que la mienne.

Cet humour te faisait défaut et aurait dû être ta préoccupation pour remettre la balance en équilibre.
Que dire, sinon pardon d'avoir été là, puisque tu ne m'attendais pas.

« Ne pourrait-on pas fixer la Saint-Sylvestre au 15 août, afin que le père Noël évolue enfin dans des cheminées éteintes ? », imaginait Philippe Bouvard.

La période de Noël est réservée aux enfants. Les adultes font semblant de faire une parenthèse dans un espace restreint qui n'a même pas la durée d'un weekend. Pas de quoi pavoiser.

Noël est une période de cadeaux, de plaisirs forcés, qui crée artificiellement les envies mais qui fait découvrir, par effet miroir, qu'il peut se refléter sur soi.

Les meilleurs cadeaux sont ceux que l'on ne rêve pas et qui arrivent sans crier gare.

S'amuser, un fou rire, un rire, un sourire ne devraient pas être affaire d'exception.

Période de Noël que j'attendais hier, avec impatience et que je saute avec plaisir, aujourd'hui.

"Le Père Noël", il n'en a rien à cirer, cet imbécile.

Ta mort n'a pas généré mon élan d'écriture. Elle a servi de catalyseur, de fil conducteur dans cette "Envie dans le regard".

A cette occasion, les larmes, lors de ton départ, n'étaient pas vraiment au rendez-vous. Je m'en excuse. Mon double ne me l'a jamais imposé. Je n'influencerai pas son jugement.

Le rêve fait partie de l'impossible étoile comme le chantait Brel, mon aide-mémoire. C'est aussi le moment de se rendre compte qu'on apprend plus de ses ennemis de convictions que de ceux qui suivent la couleur locale ou qui font semblant d'être avec vous et qui ne pensent qu'à utiliser vos propres qualifications. C'est ainsi que l'on récolte une aversion de toutes censures sous le chapeau de faux médiateurs.

0.jpgUne épouse à mes côtés, depuis près de 40 ans, meuble les interstices de ma personnalité. Les trous de ma personne sont énormes sur certains objets ou sujets.

Mon côté cartésien, ma logique implacable donnent des ressorts à toutes conversations passionnées. Je l'ai voulu ainsi même si je me rends compte que je l'ai aussi "perverti" à ma mesure ou à ma démesure. Elle est quelque part un roc qui offre le contraste idéal comme impétueuse mais une vraie moitié. Un goût que je lui réserve et que je n'aurai jamais.

Le goût de mon épouse pour les beaux objets fait partie d'un certain fétichisme. Sont-ils importants? Vaste question consumériste que les messages de la pub essaient de pousser. Ce n'est pas ma spécialité, je fais seulement confiance quand cela ne me touche pas de près.

Petite aux cheveux rouges sur la tête et dans le cœur, que l'on reconnait dans la rue.

Spéciale comme moi mais sur d'autres plans.

0.jpgUn pèlerinage sur les lieux d e mon mariage dans la maison communale et ce furent des vitraux qui me revenait en mémoire, après tant d'années.

La sensibilité de mon épouse m'impressionne. Son fétichisme des objets me questionne. Chacun ses prérogatives et affinités.

Difficile de vivre avec un "enfoiré". Rester calme dans une mer agitée devient alors l'art de la sagesse. Pas de bouderies, un passage obligé de la câlinerie avant un nouveau chapitre qui commence.0.jpg

"La solitude, ça n'existe pas", écrivais-je à cette occasion.

La solitude, ça n'existe que sur demande, quand on peut et veut réfléchir seul. Ensuite, en discute à deux ou à plusieurs en cherchant des mots en commun.

Perdu en forêt, avec les couleurs automnales, il y a des moments de plénitude que je ne partagerai qu'avec moi-même. Pas d'itinéraire prédéfini. L'aventure pure à petite échelle.

"Où la Toussaint me redonne un peu le moral", comme le pense Bouvard. Pensée qui correspond à l'automne, ma saison préférée pour les photographies.

S'intéresser à tout ce qui se passe devant mes yeux, une jouissance et une liberté. Tout est dans tout et inversement, mais encore faut-il en chercher les liens entre ses membres qui constituent ce "tout".

Fin de chaîne, je me demande si j'aurais été un bon père alors que je m'étais saoulé par le travail. Une fille aurait été bienvenue. Mais, on ne peut pas tout avoir. La chance ne passe pas tous les jours et elle est très restrictive. Plus personne avant non plus.  

Le fameux devoir de mémoire que l'on se transmet de génération en génération, je n'aurai pas à l'avoir. La famille de mon côté et de ceux que j'ai connu, s'est éteinte.

L'oncle Alphonse avait un fils unique, Henri, décédé du cancer des sinus. Pas eu d'enfants. Son épouse, Godelieve vit probablement encore.

Tante Maria avait une fille unique, Marie, décédée, pas eu d'enfant.

Tante Caroline et Oncle René, tous deux décédés, sans successeurs.

J'ai dressé un arbre généalogique de la famille. Très peu, trop peu complète. A quoi bon la remplir puisque même ma demi-sœur, je ne l'ai pas connue. Des inconnus et inconnues forment peut-être d'autres cases vides en des bouts de chaîne.  

Ainsi vont les vies qui se croisent sans se rencontrer, faces à des prétentions, des envies qui donnent le tournis et des résultats complètement aléatoires.

Chacun arrive au jour "Où je me résigne à ne plus être informé d'une actualité qui se passe de moi". C'était ce que devait ressentir ma mère avec ce flambeau que l'on se refile de génération en génération.
 
La Toussaint, c'est aussi la période où je me retrouve devant la tombe de ma mère et « Où je suggère de transformer les cimetières de notables en parc d'attraction », comme terminerait cet autre "enfoiré" de Bouvard.
 
Faire suivre Philippe Bouvard avec les titres de ses derniers livres biographiques, m'a  paru très amusant. Ils m'ont beaucoup inspiré pour trouver certains chemins qui se ressemblaient.
Merci, Philippe.
Avec près de 20 ans de plus que moi, je me suis permis d'emprunter quelques titres de chapitres de ce roman dans le mien. Pur hasard de parallèles.
"Fils unique, j'avais tout pour être heureux et j'ai été malheureux. D'origine juive et baptisé avant de ne plus fréquenter les églises, je ne me reconnaissais dans aucune culte. Curieux de tout, mais autodidacte, fait qui n'a plus sa place aujourd'hui. J'ai une fierté quand je passe devant un théâtre où flamboient les noms de mes anciens pensionnaires." ", avoue-t-il.
Le "Je suis mort. Et alors" ratissait dans l'humour noir à titre posthume. "Des funérailles de l’auteur aux premiers jours de solitude totale dans le cercueil, des voisins de caveaux muets aux souvenirs du passé qui eux peuvent remonter à la surface, des questions sur l’âge, la maladie, Dieu, la famille, les femmes aux réflexions sur notre monde, cet ouvrage est un délice d’humour noir... autant qu’une ode à la vie." 

0.jpgIl est dit dans le suivant "Ma vie d'avant, Ma vie d'après", "Dix années ont passé depuis la disparition de l'auteur et sa résurrection dans les librairies. Faute d'autres occupations, il continue à observer la vie quotidienne des morts, de leurs familles, du petit peuple des cimetières et à dicter ses impressions. Il profite également de ses états de conscience pour oublier qu'il n'a plus d'avenir dans l'évocation d'un passé de plus en plus lointain. Ayant bénéficié du privilège d'attendre son dernier soupir pour retomber en enfance, le condamné à perpète de la douzième division remercie ceux qui ont honoré sa mémoire en mettant à contribution la sienne.

Surgissent tous les fantômes de ses jeunes années. Moins la saga d'un gamin qui se prend pour Napoléon avant que ses parents ne lui promettent la fin de Louis XVI que la peinture par un historien en herbe d'une 'drôle de guerre' suivie d'une curieuse paix. Chemin faisant, il tire à boulets rouges sur une société dont il se souvient que le pouvoir de persécution s'arrête devant la grille des nécropoles".

Il faudra un jour que j'y pense et que j'écrive la suite de l'histoire. Mais, on a le temps. On a toujours le temps pour ça.

L'incompatibilité se trouvait, chez vous, Philippe, dans le fait de n'avoir pas trouvé une école avec des professeurs dont le langage était susceptible de vous faire aimer l'école. 

Je l'ai aimée, cette école, sans y trouver, pourtant, tout ce que j'y cherchais. Quelques bons professeurs qui comprenaient la différence entre charger la 'chaudière' des connaissances et faire comprendre ce qu'on pouvait en faire.  

Je suis aussi autodidacte, comme vous. Je l'ai été dans pas mal d'autres domaines. Curieux de tout, de ce qui normalement ne devrait qu'effleurer la carapace de mon indifférence. On apprend plus de la vie après les études que pendant.

Vous n'aviez pas de hobby, dites-vous. J'en ai eu des hobbies, de très différents, des phobies, peut-être aussi. Pour vous, c'était, très certainement, dans la lumière à utiliser votre temps, à le compter et à le décompter, en riant aux éclats avec vos contacts médiatiques ou médiatisés. Je suis resté dans l'ombre, sans y rester coincé. Chacun son truc à plumes ou à poils et la manière de les lisser.

 
C'est alors, qu'un jour, par hasard, je suis tombé sur un article. On parlait de l'analyse qu'avait fait la psychologue, psychothérapeute, Marie Andersen. Analyse qui correspondait aux raisons de ce que je suis devenu, quitte à en devenir caricaturale à certains moments. 

Elle disait encore que "les années d'enfances modèlent notre sensibilité, confirme ou contredit notre tempérament. L'environnement imprime des croyances, développe ou étouffe des émotions, forge notre façon de voir la vie et les relations. Si nous nous emportons c'est un héritage de notre passé. Le choix de notre conjoint, l'envie ou non de fonder une famille a pu être influencer par ce bagage psychique inconscient. L'enfant comprend d'instinct que s'il veut être aimé et reconnu, il doit adopter le comportement qui colle aux attentes de ses parents. Pour en sortir, il s'agit dès lors de travailler sur soi pour identifier les émotions que nous avons refoulées ou niées, les apprivoiser et apprendre à les exprimer de façon plus juste, par la réflexion. L'enfant "sage" a, cette fois, un tempérament assez fort. Il l'a accentué et est devenu un adulte rebelle, incapable de supporter toute forme de soumission à l'autorité. Résultat: il prend toujours le contre-pied de tous, simplement pour exister.
P
our le comprendre, nous sommes au cœur d'une "constellation familiale" qui inclue tous les antécédents familiaux et qui crée des blocages, des malaises et des comportements par 'loyauté' envers le système familial".

Là, on remarque que l'on n'est plus un cas unique, un objet de foire. Être "rebelle", on en reconnaît certaines sources, là, « Où je reviens sur ce que privé d'estomac, je n'ai toujours pas digéré, mais où, regrettant ce qui ne me donnait pas toute satisfaction, je ressens la vieillesse comme une réussite puisque tout le monde n'y parvient pas, en essayant pathétiquement à me rendre encore intéressant », ajouterait une dernière fois, Bouvard, pour la cause.

Ce qui n'est pas, totalement, ce qu'il faudrait adopter comme attitude. Vivre, c'est toujours continuer à apprendre. La nostalgie est une maladie de l'esprit qui se guérit mieux en pensant plus au présent qu'au futur.

L'envie que j'ai eu dans le regard, je ne pense pas que vous avez découvert de laquelle il s'agit. Je le tiendrai pour moi.

Après, que dire, que conseiller?

Sinon que de garder toujours des envies et pas uniquement dans le regard. 

Guy alias l'enfoiré